À la chasse avec les Khmers daeum

On appelle « Khmers daeum », littéralement « Khmers des origines », les Khmers installés dans les montagnes cambodgiennes, dans des zones isolées, ayant peu de contacts avec les Khmers des plaines.
Marie Alexandrine Martin, botaniste et ethnologue, a consacré à ces Khmers un excellent ouvrage, qui fourmille d’informations des plus intéressantes, intitulé Les Khmers Daeum – « Khmers de l’origine », publié en 1997 aux presses de l’École Française d’Extrême-Orient (ISBN : 2-85539-783-9). (Ce livre est disponible au prêt à la médiathèque de l’Institut Français du Cambodge, à Phnom Penh).
M. A. Martin rapporte dans son livre les explications qui lui furent données par deux Khmers daeum à l’occasion d’une pause lors d’une expédition en forêt, à propos de la chasse dans le massif des Cardamomes (voir la page 55 du livre) :
« Il y a beaucoup d’éléphants, mais on ne les capture pas pour les domestiquer ; de temps en temps, on en prend un pour manger la chair. Quant aux khla (tigres et apparentés), on les évite car ils sont réellement féroces, surtout le khla thom (tigre) et l’on n’a jamais consommé leur chair. On chasse le varan, le python, le sanglier, les singes, le gibbon, les civettes (et autres viverridés), le chien sauvage, le chat sauvage, l’écureuil, les tortues, le cerf Axis, le cerf d’Aristote, le chevreuil, le tragule. Tous ces animaux, nous les chassons pour leur chair, leur peau, leur carapace. Certains abondent près de la forêt claire, où ils vont se promener. Les bœufs sauvages ? Ici, on n’en a jamais vu mais le Phnom Peam Pok est grand et il doit y en avoir plus loin. Il y a aussi beaucoup d’oiseaux : le merle, le milan, la tourterelle, la perdrix, la poule sauvage, le calao, dont la femelle vole toujours derrière le mâle… Nous faisons des lance-pierres et des petites billes pour les tuer. Dans la prey sdok (forêt dense), il y a des porcs-épics, c’est très bon. »
De nos jours, la chasse est théoriquement interdite au Cambodge. Mais, en-dehors de Phnom Penh, il n’est pas rare de se voir proposer du gibier dans les restaurants et gargotes. J’avais par exemple publié en août 2012 un billet (ici) dans lequel je rendais compte d’un déjeuner pris dans une gargote de Kirirom, déjeuner pendant lequel j’avais pu déguster lièvre, muntjac et porc-épic. Il y a quelques mois, dans un restaurant de Kratié, on m’a encore proposé du sanglier et du varan…
Ci-dessous, une scène de chasse au cervidé dans un bas-relief du temple Bayon (construit vers la fin du XII ou le début du XIIIe siècle), à Angkor Thom (l’image vient d’ici) :

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