Festins dans la Chine antique

Les sources chinoise utilisées pour reconstituer l’histoire de la gastronomie de l’Empire du Milieu sont multiples : recueils d’anecdotes, récits de voyage, monographies des annales historiques… La poésie peut aussi apporter des informations intéressantes. Prenons par exemple le très fameux quatrain de Du Mu (杜牧 [dù mù], 803-852), qui constitue la première partie du triptyque En passant par le palais Huaqing (《过华清宫》 [guò huáqīng gōng]), quatrain dans lequel le poète dépeint l’amour immodéré de la concubine impériale Yang pour les litchis :

长安回望绣成堆,山顶千门次第开。
一骑红尘妃子笑,无人知是荔枝来。

De Chang’an on aperçoit dans le lointain la splendeur des jardins impériaux sur les collines,
L’une après l’autre s’ouvrent les milles portes du palais au sommet de la montagne.
Une destrier soulève un nuage de poussière rouge, faisant naître un sourire sur les lèvres de la concubine,
Personne ne sait que c’est parce les litchis sont arrivés.

(J’ai consacré sur Tela Botanica un court article à ce poème, voir ici.)

La plus ancienne anthologie poétique chinoise est connue en français sous le titre de Classique des vers, ou Classique de la poésie. Cette anthologie aurait été compilée par Confucius entre le VIème et le VIIème siècle avant notre ère. Le maître considérait que cette anthologie exprimait l’idéal de perfection morale. Il disait également que, accessoirement, les poèmes contenus dans la compilation permettaient au lecteur d’apprendre les noms des plantes et des animaux.

Portrait de Confucius

Le père Séraphin Couvreur (1835-1919), missionnaire catholique en Chine de 1870 jusqu’à sa mort, fut l’un des premiers sinologues à faire connaître en Occident quelques-uns des livres anciens essentiels de la Chine. Fut notamment publiée en 1934 sa traduction du Classique de la poésie, sous le titre de Cheu king : Texte chinois avec une double traduction en français et en latin, une introduction et un vocabulaire. Si certaines traductions du missionnaire font aujourd’hui sourire, il n’en reste pas moins que le père Couvreur propose dans cet ouvrage une analyse fort intéressante de l’anthologie.

Réédition moderne (2010) de l’ouvrage de Séraphin Couvreur

Pour ce qui nous intéresse ici, aux pages XVIII et XIX de l’introduction, il donne une description des festins de la Chine ancienne, que je reproduis ci-dessous :

Les mets étaient servis, non sur des tables, mais à terre sur des nattes. Les invités s’asseyaient à terre sur une double couche de nattes, et s’adossaient contre des escabeaux.

Vers 1796 avant notre ère, Koung Liou, après avoir fait construire des habita­tions dans son nouveau domaine, à Pin dans le Chen si, prépara un grand festin, où les invités prirent place sur des nattes étendues à terre, s’appuyèrent le dos contre des escabeaux, mangèrent de la viande de porc, et burent une sorte de liqueur fermentée qui leur fut servie dans des calebasses.

Wenn Wang ou l’un de ses descendants faisait servir huit plats. L’em­pereur disait aux invités : « Qu’aucun de vous ne se retire sans avoir bu son soûl. » Les invités répondaient : « Oui, oserions-nous ne pas boire notre soûl ? » Pendant le repas, les musiciens jouaient, les pantomimes donnaient une représen­tation.

Hien fou, ministre de l’empereur Siuen wang ( 827-781 ), offre, par ordre de son maitre, un festin au prince de Han et à ses compagnons de voyage. Le repas se compose de poisson frais, de tortues et de jeunes pousses de bambou et de mas­sette. Cent bouteilles de liqueur fermentée égaient les voyageurs.

Ki fou, revenu vainqueur d’une expédition contre les Hien iun, réunit ses amis à un festin. Il leur fait servir des tortues rôties et des carpes hachées.

On peut inviter et traiter convenablement un ami, quand même on n’aurait à lui servir que des feuilles de concombres, un lièvre et un peu de liqueur fer­mentée. Le repas le plus frugal est agréable aux invités, si les règles de l’urbanité y sont parfaitement observées.

Au commencement du repas, le maître de la maison offrait à boire. Les invités, après avoir bu, lui rendaient la pareille. Le maître de la maison emplissait et pré­sentait de nouveau les coupes. Les invités les recevaient, mais les déposaient aussitôt et ne buvaient pas.

Parfois un surveillant, aidé d’un censeur, avait la charge difficile de rappeler â l’ordre ceux qui, dans la chaleur du vin, oubliaient les bienséances.

Le riz et le millet étaient employés à la préparation des liqueurs fermentées.

Les parents de l’empereur, invités par lui à un banquet, portaient le bonnet de peau.
La traduction du Classique de la poésie par le père Couvreur est disponible en ligne.

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