Les marchés de Saïgon en 1822

Fin 1821, le Dr. John Cruwford (1783-1868), médecin écossais, administrateur colonial et diplomate, qui fut aussi le dernier résident britannique à Singapour, fut envoyé par Francis Rawdon-Hastings (1754-1826), gouverneur général des Indes de 1813 à 1823, en mission diplomatique aux cours du Siam et de Cochinchine (nom donné à l’époque au Vietnam actuel). Cruwford publia en 1830 un Journal d’une ambassade aux cours du Siam et de Cochinchine (Journal of an Embassy to the Courts of Siam and Cochin China) en deux volumes.

Page de titre du Journal of an Embassy to the Courts of Siam and Cochin China

Dans ce Journal, le Dr. Cruwford relate par le détail les étapes de sa mission et l’itinéraire emprunté, mais aussi rapporte de nombreuses informations et décrit de façon souvent fort perspicace ce qu’il a vu lors de son voyage. (Concernant ce personnage et son journal, je vous invite à consulter la page d’Angkor Database qui reproduit un article de James Campbell publié en 1859 dans le Journal de la Société Royale de Géographie – The Royal Society of Geography – intitulé « Notes on the Antiquities and Natural History of Cambodia », c’est ici).
Je vous donne ci-dessus la traduction du passage dans lequel Cruwford décrit ce qu’il a vu sur les marchés de Saïgon qu’il a visités pendant de son séjour dans cette ville, en août/septembre 1822. Ce passage se trouve dans les pages 346 à 348 du premier volume du Journal).
« … Les marchés proposent tout ce qui est nécessaire et même le superflu, en grandes quantités et à bas prix. Il semblerait que le sol et le climat soient favorables à l’élevage des porcs et de la volaille (oies, canards, poulets). Un porc pesant 200 livres coûte sept piastres espagnoles, ce qui correspond à moins de deux pennies (ndt : 2/120èmes de livre) ; les canards et poulets sont de meilleure qualité que ceux que l’on trouve dans les autres parties des Indes, et sont remarquables aussi bien par leur taille que par leur goût. Pour ceux-là, dont les Cochinchinois sont friands, une piastre espagnole permet d’en acheter huit ; quant aux autres oiseaux, que les locaux ne consomment presque jamais, il est possible d’un obtenir vingt-quatre ou vingt-cinq pour le même prix. Les Cochinchinois sont de grands amateurs de combats de coqs ; son Excellence le Gouverneur actuel fait combattre ses coqs deux fois par mois et convie les chefs aux combats. Les chèvres sont en nombre considérable et les moutons, qui prospèrent rarement dans les climats humides des régions proches de l’équateur, semblent se plaire à Saïgon. Ces moutons sont d’un race petite et résistante, similaire à celle que l’on trouve dans le bas Bengale. Ils sont cependant beaucoup moins chers et beaucoup plus abondants, me suis-je laissé dire, à Kang-kao, au Cambodge, qu’à Saïgon. Le buffle et le bœuf sont tous deux excellents et très bon marché, et sont disponibles en grand nombre. La variété et l’excellence des poissons sont difficilement égalées ailleurs. En plus des poissons d’eau douce, des poissons de mer en grandes quantités sont apportés frais sur le marché de Saïgon ; les plus grands sont remorqués derrière les bateaux de pêche, tandis que les plus petits sont placés dans des baquets sur les bateaux. Pendant notre court séjour, tous les jours, on nous a apporté des marchés ordinaires les trois meilleures espèces de poisson que l’on puisse trouver dans les océans des Indes : baramundi, brème et « poisson-mangue » (ndt : je n’ai pas réussi à identifier cette espèce avec certitude ; l’espèce Sarotherodon galilaeus, appelée « mango fish » ou « mango tilapia » en anglais, n’est apparemment pas présente dans la région), tous exquis.

Baramundi (source : Lord Mountbatten, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons)

En plus des produits déjà énumérés, les marchés de Saïgon proposent aussi des articles qui conviennent moins aux goûts européens, comme de la viande de chien ou de crocodile. Ces deux viandes sont peu estimées et aucune personne de qualité n’en consommerait. Le premier jour de notre arrivée, nous avons vu deux crocodiles amenés au marché par des hommes les portant sur les épaules, et par la suite nous avons vu la chair de ces animaux, découpée en gros morceaux exposés sur des étals. Le prix du riz, pendant que nous étions à Saïgon était d’une piastre par picul (ndt : environ 60 kg). Ce prix était considéré comme exorbitant. Pour ce qui est des fruits, la saison pendant laquelle s’est faite notre visite était la moins favorable pour tous les pays au nord de l’équateur. Nous avons cependant trouvé en abondance des oranges et beaucoup de fruits ordinaires tels que pamplemousses, bananes et pommes cannelles.

Pomme cannelle (Photo : Filo gèn’, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons)

On m’a dit que pendant les saisons propices, les mangues, les litchis et les oranges étaient parfaits ; cependant, pour parler de façon générale, Saïgon est inférieure à Bangkok en termes de variété des fruits. On ne trouve ici ni mangoustan, ni durion, pourtant abondants dans les pays malais qui se trouvent au sud de Saïgon, et à Bangkok, au Nord. Je n’ai pas pu savoir si c’était en raison d’une négligence ou d’un sol et d’un climat vraiment défavorables ; selon toute probabilité, c’est à cause de cette seconde raison. »
Je vous invite à lire ci-dessous l’extrait en anglais.

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