Champs flottants

En effectuant des recherches sur une variété de riz pluvial cultivé dans certaines régions de Birmanie sur les pentes du relief, je trouve par hasard un ouvrage d’Éric Mollard et Annie Walter, intitulé Agricultures singulières (publié à Paris en 2008 par IRD Éditions).
Dans cet ouvrage, aux pages 59 à 64, dans un chapitre intitulé « Les jardins flottants », les auteurs présentent un mode d’agriculture très particulier pratiqué notamment par le peuple Intha sur les rives du lac Inlé, situé dans l’État Shan (centre de la Birmanie). Les Intha mettent à profit les nappes végétales épaisses formées par la végétation lacustre, qui forment par endroits des tapis végétaux de plus d’un mètre d’épaisseur et qui supportent le poids d’un homme qui le traverse rapidement ; ils découpent dans ces nattes des bandes de un à deux mètres de large et de dix mètres de long. Ces bandes, détachées du tapis végétal, sont halées par barque jusqu’à leur emplacement définitif, en général près des habitations sur pilotis. Une fiche couche de boue est prélevée sur les berges et au fond du lac, et placée à la surface des bandes. Les Intha, dans un premier temps, utilisent des îles flottantes de petites dimensions comme pépinières, et les pousses sont ensuite transplantées sur ces jardins flottants. On y cultive généralement des tomates, piments, aubergines, concombres, oignons, haricots et fleurs. Ces cultures se font en saison sèche, qui est la morte saison pour la riziculture
Ce mode de culture sur des îles flottantes était déjà connu chez les Aztèques, dont les chinampas, qui sont encore utilisés au Mexique, servaient de champs. Il est encore pratiqué aujourd’hui dans la région du Cachemire.
Dans le chapitre précité, les auteurs expliquent que les jardins flottants existaient également en Chine ancienne. En faisant quelques recherches, j’ai trouvé un article chinois qui parle justement de ce mode de culture.
À partir de l’époque des Tang (618-907) et de celle des Song (960-1279), les Chinois fabriquaient également des champs flottants, soit, comme en Birmanie, en découpant des carrés dans la végétation lacustre, soit même en construisant des supports en bois sur lequel on enchevêtrait des plantes aquatiques. Dans les deux cas, la surface de ces radeaux était recouverte de boue. Les premiers étaient appelés « champs sur navets » (葑田 [fēngtián]), les seconds, « champs sur supports » (架田 [jiàtián]). Dans le sud de la Chine, et notamment au Yunnan, c’est le manque de terres arables a favorisé la construction de ces champs flottants.
Mais c’est aussi la croissance démographique et les prélèvements excessifs sur la végétation lacustre qui, vers la fin des Ming et le début des Qing (XVIIe siècle) a provoqué la disparition de ces champs. On ne sait pas quelles étaient les dimensions de ces champs flottants.
En Chine, ces radeaux servirent à cultiver des légumes et des fruits, mais aussi constituèrent de véritables rizières. Aujourd’hui, on ne trouve plus de champs flottants en Chine, mais des expériences de culture, et notamment de riziculture, sont menées en utilisant des plaques de polystyrène perforées.
Pour en savoir un peu plus, je vous invite à consulter :
Éric Mollard et Annie Walter, Agricultures singulières (disponible en ligne, ici)
YOU Xiuling, Zhongguo gudai de shuimian zhongdao (La riziculture à la surface de l’eau en Chine ancienne) (en chinois, disponible en ligne, ici)
Ci-dessous, une illustration chinoise ancienne montant des champs constitués de radeaux assemblés. L’illustration vient de l’article chinois précité.
jiatian

Advertisements
Cet article, publié dans Birmanie, Chine, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s