Bibliographie : Pascal Vatinel, L’Affaire du cuisinier chinois

« Lettres de Malaisie » (Jérôme Bouchaud), lecteur de Sinogastronomie, m’avait signalé en août 2014, un roman de Pascal Vatinel, intitulé L’Affaire du cuisinier chinois, spécialement recommandé pour les gastronomes amateurs de littérature et de gastronomie chinoises. J’ai enfin trouvé un créneau pour me pencher sur ce roman, que j’ai littéralement dévoré en trois jours, entre deux traductions techniques et trois factures.
En 2005, un vieil archéologue chinois, Li Zhenduo, découvre dans le district de Liaocheng, dans l’actuelle province du Shandong, trois tumuli de l’époque des Royaumes Combattants. Sur ce site, il découvre entre autres choses 36 rouleaux de lamelles de bambous, qui, avant l’invention du papier, servaient en Chine de support à l’écriture. Ces rouleaux racontent une histoire extraordinaire, dont l’action se situe à la fin du IIIe siècle avec notre ère, dans le royaume de Qi (l’un des sept royaumes combattants de l’époque en Chine), pendant le règne du roi Xuan de Qi (qui régna de 319 à 301 avant notre ère).
On y raconte comment un jeune cuisinier de talent, Zhang Chenfu, après trois ans de voyages pour apprendre auprès des plus grands maîtres les secrets de la gastronomie, rentre dans sa ville natale pour y ouvrir une auberge, et régaler ses compatriotes des mets les plus fins. Son talent est tel que sa réputation vient aux oreilles du roi Xuan, et que le jeune homme est finalement embauché au palais royal pour prendre en charge les cuisines. Or, le vieux cuisinier qu’il remplace, avec la complicité de plusieurs hauts dignitaires, intrigue tant et si bien qu’il parvient à faire arrêter Zhang Chenfu, à la faire accuser de sorcellerie, et à le faire condamner à mort… Le grand chambellan du roi Xuan, fin gourmet, arrivera-t-il à blanchir Zhang des accusations gravissimes dont il est objet et à le faire échapper au supplice terrible auquel il est promis ?
Pendant ce temps, en 2005, un autre archéologue, jaloux et prêt à tout pour défendre ses propres intérêts, voit d’un très mauvais œil la découverte de prime importance de ces tumuli de l’époque du royaume de Qi, et intrigue tant et si bien que Li Zhenduo se voit privé de sa découverte. Heureusement, Li Zhenduo avait confié à un spécialiste des écritures anciennes de ses amis, Wang Pei, le déchiffrage des manuscrits sur lamelles de bambou. Mais Wang Pei est victime d’un cambriolage hautement suspect, au cours duquel la traduction qu’il a faite des manuscrits disparaît. De plus, les rouleaux originaux sont détruits au cours d’un incendie « accidentel ». Li Zhenduo et Wang Pei arriveront-ils à déjouer les intrigues qui se nouent au sein de la puissante Commission centrale d’archéologie, dont certains membres éminents ne sont pas sans affinités avec des personnes haut placées au Comité Central du Parti Communiste Chinois ?
C’est sur cette double intrigue policière, sur fond à la fois de Chine ancienne et de Chine contemporaine, que se déroule le roman. Comme dans tout bon roman policier, il faut bien atteindre la fin du récit pour avoir le dénouement.
L’auteur Pascal Vatinel est visiblement un bon connaisseur de la Chine. Je me suis délecté à la fois de la description fort habile des différents mets servis aussi bien à la cour royale de Qi que dans divers établissements de la capitale de la Chine d’aujourd’hui, et de celle des sociétés chinoises ancienne et contemporaine.
Un petit bémol, cependant. Je me suis amusé au début de ma lecture à noter quelques anachronismes : lors d’un banquet mémorable à la cour royale, un orchestre joue une musique de fond, et l’un des instruments cité est un violon à deux cordes (en chinois « erhu »), qui n’apparaît en Chine que mille ans plus tard, à l’époque de la dynastie des Tang. Plus « grave » encore : parmi les plats servis à la table du roi Xuan se trouvent des « œufs de cent ans », qui ne seront inventés qu’à l’époque des Ming (1368-1644) et enfin, pour couronner le tout, l’une des sauces employées est de la sauce d’huître, qu’un cuisinier maladroit n’inventera par mégarde qu’à la fin du XIXe siècle. Mais bon, ces anachronismes n’enlèvent rien à l’intrigue, ni au plaisir pris à la lecture de L’Affaire du cuisinier chinois.
Le roman a été publié en 2007 aux Éditions du Rouergue (ISBN : 978-2-8415-6895-6). Ci-dessous, la reproduction de la couverture de mon exemplaire :
vatinel_affaire cuisinier chinois_01

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2 commentaires pour Bibliographie : Pascal Vatinel, L’Affaire du cuisinier chinois

  1. tilopa2 dit :

    A reblogué ceci sur CUISINE CAMBODGE.

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