Littérature et gastronomie : Dong Xiaowan, courtisane et cordon bleu

J’ai lu à la fin de l’année dernière (2013) un texte relativement peu connu, rédigé par Mao Xiang au XVIIe siècle, et intitulé Souvenirs de la hutte au prunus ombragés (《影梅庵忆语》 [yǐngměiàn yìyǔ]). Dans ce texte, l’auteur, qui par ailleurs est un intellectuel chinois bien connu du début de la dynastie des Qing, se remémore sa vie avec sa concubine, Dong Xiaowan (董小宛 [dǒng xiǎowǎn]). Celle-ci, avant d’entrer dans la famille de ce lettré, était une courtisane renommée du quartier de la rivière Qinhuai, qui était pendant la dynastie des Ming le quartier des plaisirs à Nankin. Elle était l’une des célébrissimes « huit beautés de Qinhuai » (秦淮八艳 [qínhuai bāyàn]).
Xiaowan, avant d’épouser Mao Xiang, s’intéressait assez peu à la nourriture : elle déjeunait d’un rien, et se contentait de plats légers à la saveur peu prononcée. Mao Xiang, au contraire, était un fin gourmet, qui aimait la variété et les saveurs prononcées. Pour satisfaire les envies de son époux, la jeune femme s’intéressa de près à la cuisine. Elle lisait les textes des intellectuels qui avaient laissé des traités culinaires, et avait même constitué un recueil de recettes qui, à ce que l’on dit, était exceptionnel (ce recueil ne nous est malheureusement pas parvenu).
Pour sa cuisine, elle concoctait des extraits floraux dont elle agrémentait certains plats. Elle excellait dans la préparation de desserts incomparables. L’invention d’une friandise renommée de Rugao (如皋 [rúgāo]), petite ville près de Nantong (dans la province actuelle du Jiangsu), non loin de Shanghai, lui est même attribuée. En son honneur, cette friandise est appelée 董糖 [dǒngtáng], littéralement « bonbon de Dong (Xiaowan) ». On lui attribue également l’invention d’un plat renommé de la cuisine du Zhejiang, le « porc à pelage de tigre » (虎皮肉 [hǔpíròu]), un carré de poitrine de porc avec peau, qui se présente au final avec une surface ridée, qui fait vaguement penser au pelage d’un tigre (ce plat est aussi appelé 董肉 [dǒngròu], « viande de Dong », toujours en l’honneur de son inventrice).
La réputation des talents culinaires de Xiaowan étaient tels que certains n’hésitent pas à la placer en tête de la liste des « dix plus grands cuisiniers de la Chine ancienne » (中国古代十大名厨 [zhōngguó gǔdài shídà míngchǔ]), sous le nom de « la belle cuisinière » (美女厨师 [měinǚ chǔshī]) (pour les dix plus grands cuisiniers de la Chine ancienne, voir ici un article en chinois).
Notez enfin que Mao Xiang parle aussi de façon assez détaillée de la dégustation et de ses préférences en matière de thé.
Si vous avez d’en savoir un peu plus sur le texte de Mao Xiang, je vous invite à lire ici le petit billet que je lui ai consacré sur Sinoiseries.
Notez également que le texte de Mao Xiang a été traduit en français par Martine Vallette-Mémery et publié par les éditions Picquier en 1997, sous le titre de La Dame aux pruniers ombreux (je ne connais pas cette traduction).

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