Ingrédients (49) : Girembelle

L’un de mes grands plaisirs, lorsque je fais des recherches sur des fruits ou légumes d’Asie orientale que le hasard met sur mon chemin, est de découvrir des noms français dont je ne soupçonnais pas l’existence. Souvent, mon logiciel de traitement de textes souligne d’une vaguelette rouge et rageuse le nom en question, et je ne trouve pas ces mots dans le Larousse, ni même dans le Trésor de la Langue Française. C’est le cas par exemple de la girembelle qui m’intéresse aujourd’hui !
Mais si vous tapez « girembelle » sur la ligne de saisie d’un moteur de recherche Internet bien connu, ledit moteur vous renvoie une solide dizaine de milliers d’occurrences, si bien que les doutes que vous aviez sur la source qui vous donnait ce nom sont levés. Mais trêve de bavardages futiles, entrons dans le vif du sujet.
La girembelle, connue des botanistes sous le nom de Phyllanthus acidus, est originaire de Madagascar, mais est largement répandue dans le Sud asiatique (et le Sud Est de ce continent également, puisque c’est là que je l’ai rencontrée !). Elle est encore connue, me dit le site Tous les fruits sur cette page-ci, sous les noms de surette, surelle, groseille de Tahiti, groseille d’Inde, groseille des Antilles, ou encore groseille étoilée.
C’est lors d’un déjeuner campagnard et dominical, dans l’une de ces aires de farniente de la banlieue de Phnom Penh, que j’ai découvert ce joli fruit vaguement rond, d’un jaune presque fluorescent. Il est appelé en khmer « kântouot » (កន្ទួត), et il fait partie de ces petits fruits nombreux que les Khmers aiment à grignoter sans faim, uniquement pour le plaisir. En l’occurrence, ce plaisir est nettement acidulé. La chair est ferme, et le fruit lui-même porteur d’un gros noyau sur lequel le gourmand trop empressé risquera de se casser les dents. Les descendants des bâtisseurs d’Angkor ne connaissent apparemment à ce fruit pas d’autre utilisation que ce grignotage, et ceux que j’ai interrogés m’ont affirmé ne jamais l’avoir rencontré dans une préparation culinaire. Ce qui n’est pas, en revanche, le cas de la feuille de l’arbre qui porte la girembelle : le girembellier ! (autre joli nom à ajouter à notre liste de vocabulaire.) J’en parlerai tout à l’heure.
En Guadeloupe la surelle peut être utilisée confite pour sucrer le ti-punch ou pour élaborer le « punch surelle », me dit la page française que Wikipedia consacre à ce fruit. La page anglaise de la même encyclopédie en ligne précise qu’en Indonésie, le fruit sert à parfumer des plats, ou encore confit ou salé, est utilisé pour confectionner des sauces, tandis que les Malais en feraient un sirop. Enfin, la girembelle serait également utilisée par les Thaïs lorsqu’ils préparent une salade de papaye appelée « som tam ».
Pour vous mettre en appétit, voici une photo de ce fruit, je parle plus loin des feuilles du girembellier (les deux photos ornant ce billet sont perso) :
Le hasard faisant bien les choses, alors que je dinais avec une jeune et jolie Khmère de mes amies que j’avais interrogée sur le « kântouot », la jeune femme me mit devant les yeux une tige agrémentée de quelques feuilles, dont elle s’était saisie dans l’assiette de verdures qui avait été mise à notre disposition en tant que partie de notre « kit » pour rouleaux de printemps, en me disant : « Tiens, ça, c’est des feuilles de « kântouot » ! »
Je m’empressai d’en mâchouiller une. J’y retrouvai, de façon très atténuée, l’acidité du fruit, et lesdites feuilles de kântouot constituèrent un complément agréable aux autres ingrédients que j’enveloppai d’une galette de riz pour mon rouleau de printemps personnalisé.
J’interrogeai le lendemain le cordon bleu dont les préparations nous régalent à la maison depuis plus d’un an au sujet de ces feuilles. Elle m’apprit qu’en plus d’entrer dans la composition des rouleaux de printemps, les feuilles du gimbellier peuvent aussi faire office de ce que les Khmers appellent les « ânluk », ces légumes crus ou à peine cuits à la vapeur, qui servent de support à la dégustation du fameux « prâhok » et autres sauces, ou viennent apporter un peu de verdure à certains currys ou salades. « Tatie », c’est ainsi que nous appelons, en toute affection, notre cordon bleu, m’a promis de chercher l’occasion de m’en servir à nouveau. Histoire à suivre, donc…
En attendant, voici à quoi ressemblent ces feuilles :

Publicités
Cet article, publié dans Cambodge, Ingrédients, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s