Ingrédients (48) : Poisson-coffre à long nez

J’interromps provisoirement le fil de mon compte rendu de séjour gastronomique à Hong-Kong car je viens de recevoir l’information essentielle qui me manquait pour rédiger ce billet consacré à un animal marin peu banal mais néanmoins savoureux, je veux parler de Ostracion rhinorhynchos, ou « poisson-coffre à long nez » (en anglais largenose boxfish ou horn-nosed boxfish).
L’aspect anguleux du corps de ce poisson, vu sur l’étal d’un restaurant de rue de Nha Trang, au Vietnam, avait attiré mon attention. Jamais je n’avais vu cela : un corps rigide de forme cuboïde, dont seules la queue et la tête semblent mobile, et la tête étant ornée d’un front « bossu ». C’est de retour dans la chaleur du foyer familial et après des recherches approfondies que j’ai appris qu’il s’agissait d’un représentant de la grande famille des poissons-coffres, ou Ostraciidae (voir sur Wikipedia la page succincte consacrée à cette famille). J’ai d’autant plus de mérite à cette découverte que je prends ici Alan Davidson en défaut, puisque nulle part dans son par ailleurs excellent Seafood of South-East Asia il n’est question de poisson de cette famille.
La recherche de l’espèce précise a été également assez compliquée, puisque je n’avais d’autre information que la photo personnelle qui illustre ce billet. À force de tâtonnements et de comparaisons, je suis arrivé à la conclusion qu’il s’agissait de Ostracion rhinorhynchos. Mais là, consultant ma bible ichtyologique en ligne (fishbase.org), je lis que ce poisson est une menace pour l’homme, car il est « venemous » (voir ici). Cela est d’ailleurs confirmé par une page de l’Académie des Sciences de Taiwan, qui affirme que ce poisson est tout à fait impropre à la consommation par l’homme (si vous lisez le chinois, je vous invite à voir cela ici).
Quid ! Le restaurant de rue (qui mérite par ailleurs une visite, ne serait-ce que pour sa bouillie de riz aux fruits de mer et au corail d’oursin, j’en reparlerai bientôt) de Nha Trang empoisonne-t-il donc sciemment sa clientèle en proposant ce mets ? Tremblant de peur rétrospective, je pris mon clavier d’une main peu assurée pour interroger Fishbase. Et c’est avec un énorme soulagement que je reçus la réponse du Dr. Rainer Froese, du Center for Ocean Research de Kiel, en Allemagne, qui me dit : « It is venemous, meaning it has spines with venom. If it’s dangerous to eat, the entry would be ‘poisonous’. » Ouf ! Je n’ai donc pas échappé à une mort causée par un empoisonnement implacable !
Le poisson-coffre que j’ai dégusté grillé à Nha Trang, qui, adulte, peut atteindre une taille de 35 cm environ, est présent sur une large aire allant de l’Afrique de l’Est à l’Indonésie, et du Japon méridional au Nord à l’Australie septentrionale au Sud.
Le restaurant Huong nous l’a préparé simplement grillé. Une fois l’animal cuit, on le débarrasse de sa peau, et on déguste la chair qui est d’un blanc d’albâtre en la trempant dans une petite sauce trempette dans laquelle le jus de citron vert domine. Ladite chair est d’une grande finesse, et maintenant que je suis tout à fait rassuré sur l’innocuité de l’animal, je n’hésiterai pas à refaire l’expérience si l’occasion m’en est à nouveau donnée.
(En attendant, si vous habitez la région de Lyon, il semblerait que vous puissiez en admirer un exemplaire dans l’Aquarium du Grand Lyon, voir ici.)

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