Restos (27) : Chung Kee, Hong-Kong

Si vous avez lu attentivement les épisodes 79, 81 et 82 de la série que nous avons baptisée sur Sinogastronomie « Pour le plaisir », vous vous serez peut-être rendu compte qu’il s’agissait de mon menu du déjeuner du 2 mai 2012 au restaurant Chung Kee de Hong-Kong.
Je vais vous avouer une chose qui vous semblera peut-être farfelue pour ne pas dire plus : j’aime les restaurants de Hong-Kong dont le nom se termine en « kee » (autant que j’aime ceux de Chine dont le nom se termine en « ji »). Ne vous y méprenez pas, il ne s’agit pas là d’une superstition héritée d’une obscure secte taoïste du cinquième siècle avant notre ère, ni du résultat d’un compliqué et long calcul de numérologie abstruse. Il y a en effet une raison tout bêtement linguistique.
Le mot « kee » en cantonais, ou « ji » en mandarin est la transcription du sinogramme 记 (ou, à Hong-Kong, en écriture traditionnelle : 記). En chinois, cet idéogramme peut avoir des acceptions diverses et variées, mais le sens qui m’intéresse ici est celui de « marque », « emblème ». Il est utilisé traditionnellement dans les noms des petits restaurants, de ces établissements sans prétention, qui portent le plus souvent le nom ou le prénom de leur propriétaire. Cela correspond assez bien à notre « chez », comme « Chez Léon », ou encore le feu (il a fermé, m’a-t-on récemment appris, j’en ai une la larme à l’œil) « Chez Yvonne », établissement de renom de la Petite France à Strasbourg, qui servait un fromage de tête accompagné d’une sauce au raifort, et de pommes de terres sautées, ou encore une tête de veau, dont le souvenir qui me donnerait presque envie d’aller m’exiler à nouveau en Alsace !
J’aime donc ces petits restaurants chinois baptisés du nom de leur propriétaire. Je trouve ces noms sans prétention bien sympathiques, et cela nous change des « Palais », « Pavillons » et autres « Splendeurs » d’Asie et d’ailleurs qui viennent pompeusement orner les devantures des établissements sino-vietnamo-khméro-thaï proposant aussi quelques spécialités birmanes qui fleurissent dans les rues de Belleville et d’ailleurs. Mais revenons-en à nous moutons.
J’ignore si le restaurant Chung Kee (en chinois 祥記) a été baptisé du prénom de son propriétaire, mais le « kee », que j’avais aperçu en rentrant à mon hôtel parce que l’ entrée du restaurant était adjacente à celle de mon logis éphémère, me semblait de bon augure. Ne voulant tout de même pas tenter le diable inutilement, rentré dans ma chambre, je cherchai sur les forums de gastronomes indigènes ce que l’on pensait des lieux (c’est dans ce genre de situation qu’on se rend compte que savoir lire le chinois est bien utile). Et je tombai ainsi par hasard sur un « club » de joyeux noceurs qui se réunissaient régulièrement pour aller découvrir tel ou tel établissement. Ils conspiraient justement en préparation d’un banquet de canard laqué à la pékinoise (spécialité des lieux), et des membres du groupe qui s’étaient déjà risqués en ces murs recommandaient chaudement quelques mets. Je jetai donc mon dévolu sur ce lieu.
Le déjeuner au Chung Kee se mérite : la salle de restauration est en effet juchée à l’étage, et il faut pour y accéder grimper un escalier escarpé. Mais au moins, au contraire de ce qui s’était passé la veille dans un autre restaurant recommandé par le Lonely Planet, le fait que j’aie été déjeuneur esseulé ne m’a pas interdit pas le droit de m’asseoir à une table et de passer commande. J’appréciai d’autant plus que le restaurant était bondé !
Ce qui me fut servi, je n’y reviendrai pas, puisque j’en ai déjà parlé.
Le service fut tout à fait sympathique et convivial. Je regrettai seulement d’être trop peu nombreux, car en voyant les superbes et divers plats passer les uns après les autres devant mon nez en direction de la table surpeuplée d’à côté, je me dis que si j’avais su, je serais venu plus tôt, de façon à pouvoir faire des essais plus nombreux. Pff… je vais encore être obligé de retourner chez les sino-britishs pour fouiller un peu plus la carte du Cheng Kee !
Mon dîner fut copieux, agréable et somme toute peu coûteux. C’est de retour à Phnom-Penh, cherchant un complément d’informations sur cet établissement, que je découvris a posteriori et avec plaisir que Chung Kee s’était vu attribuer une étoile par les inspecteurs du Guide Michelin. Mes goûts ne sont pas aussi déviants qu’aurait pu le faire croire ma décevante expérience au Petrus
Si vous passez dans la région, sachez que le restaurant Chung Kee est niché au premier étage du 75, Lockhart Road, dans le quartier de Wan Chai, sur l’île de Hong-Kong. La station de métro Wanchai est à distance de marche…

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Un commentaire pour Restos (27) : Chung Kee, Hong-Kong

  1. merci pour l’explication de  » kee « … à Paris, en effet, il y a quantité de restaurants chinois qui commencent par  » chez « … chez ly, chez yong, chez vong etc… ça parait plus authentique que les délices de… le palais… ou autre pavillon de jade qui font cela dit bien dans le kitsch…

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