Restos (26) : Petrus, Hong-Kong

Après quelques agréables journées passées à découvrir la gastronomie macanaise au sens très large, je pris le ferry pour quitter l’ancienne colonie portugaise et me rendre en territoire sino-britannique. Je dis sino-britannique car Hong-Kong, bien que rétrocédée à la Chine en 1997, a conservé un tout petit air british, avec ses autobus à impériale, sa conduite à gauche et (osons le dire) le manque relatif de chaleur dans l’accueil de ses habitants.
Bien entendu, j’avais profité de mes moments de digestion lusitanienne pour planifier mon séjour, de quelques jours aussi seulement, dans l’ancienne colonie anglaise : choix des établissements gourmands à visiter, et sélection de l’emplacement de l’hôtel en fonction dudit choix. Tous les établissements ne se trouvant pas au même endroit, je dus faire un compromis et me résolus à sélectionner un hôtel situé dans un quartier qui ne m’étais pas inconnu : Wan Chai, et c’est cet hôtel qui constitua mon camp de base pour mes explorations dans la version locale du monde infini des plaisirs de la table.
C’est lors du déjeuner mémorable que j’eus au Dôme que la conversation roula sur les tables hongkongaises qui méritaient que l’on s’y attarde. Le lieu étant propice, la conversation glissa sur les étoiles éclairant le firmament des gastronomes dans ce coin ci du globe. Le complice qui m’accompagnait fit allusion à une gargote dont il avait ouï dire et au sujet de laquelle il avait lu les commentaires les plus élogieux : le Pétrus !
Quel nom ! Et quelle invitation à la gourmandise ! Si, en raison du manque d’épaisseur de mon compte en banque, il ne m’est arrivé de goûter à ce vin que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier de meilleur vin du monde qu’en de trop rares occasions, son nom sonne à l’oreille comme une douce mélodie. Quand on sait de plus que la gargote a été honorée de deux étoiles, paraît-il, par la bible de gastronomes atteints de snobisme divergeant, on ne peut que voir son intérêt chatouillé. Ma décision était donc prise : sur mon menu de « cantine » hongkongaise, le nom du lieu fut inscrit.
À peine installé dans ma chambre d’hôtel, je recherchai le numéro de téléphone de ce lieu de perdition, et réservai une place pour le déjeuner (j’avais d’autres obligations pour le dîner, nous en reparlerons).
Le Pétrus est niché au dernier étage d’un hôtel de grand luxe, le « Island Shangri-La », sis Pacific Place, Supreme Court Road, dans l’arrondissement de Central, sur l’île de Hong-Kong. On m’avait dit qu’il offrait une vue superbe sur la baie de Hong-Kong, et c’est tout à fait vrai. De plus, les tables sont disposées de telle façon que l’on a vue sur la baie quelle que soit l’emplacement qui vous a été attribué.
Si vous aimez « les endroits huppés, avec maître d’hôtel polyglotte, serveurs en livrée, nappes brodées, ambiance feutrée et chandeliers au plafond », je ne puis que vous conseiller vivement cet établissement. La salle est superbe, le service très stylé (un peu crispé, peut-être…) et l’on se dit en s’installant que le Petrus n’a de ce point de vue-là rien à envier au Dôme. Si les étoiles n’étaient décernées qu’en fonction du talent du décorateur, le Petrus mériterait sans aucun problème la constellation qui honore l’établissement de Robuchon à Macao. Jugez plutôt :
Le menu est aussi des plus impressionnants : foie gras, truffe noire, caviar osciètre, coquilles Saint-Jacques, homard, ris de veau… beaucoup de ce dont le gaulois gourmand et connaisseur peut rêver est proposé. Si ma succincte description ne suffit pas, je vous invite à donner à vos glandes salivaires un stimulus dont elles garderont longtemps le souvenir en consultant ici le menu.
La direction de Petrus ayant l’heureuse idée de proposer pour le déjeuner un menu dont le prix ne provoquerait pas la syncope instantanée de mon banquier, c’est sur ledit menu que je jetai mon dévolu, en sélectionnant tête de veau et caille au risotto. En passant ma commande, « je m’voyais déjà, en haut de l’affiche, en dix fois plus gros que n’importe qui mon nom s’étalait, je m’voyais déjà, adulé et riche… ». Et oui, la perspective d’un repas babylonien est souvent propice à une joie anticipée et démesurée.
Et puis… patatra ! La tête de veau était bien certes de veau, mais n’était pas de nature à me faire monter au septième ciel. Entendons-nous bien : elle était tout à fait honorable, mais elle manquait de cette qualité superfétatoire qui fait d’un bon plat un grand mets. Et la couronne d’œufs durs hachés décorant l’assiette… « C’est un peu court, jeune homme… ». Je vous laisse juge de l’esthétique :
Peu importe, me dis-je en mon for intérieur pour me consoler. Gageons que la caille est à la hauteur. D’ailleurs, je m’empresse de vous la présenter :
Et bien non, la caille ne fut pas à la hauteur. Là aussi, entendons-nous bien, j’apprécie à sa juste valeur la dextérité du cuisinier qui désosse le volatile. Je connais des pros qui ne s’y essaient pas. L’animal tel que le propose le Petrus n’est pas non plus « mauvais », il est tout à fait comestible, dans le bon sens du terme, mais il manque sérieusement aussi de ce petit plus qui m’aurait fait user à son endroit de mots beaucoup plus doux. Quant au risotto, je préfère ne pas en parler pour ne pas avoir à dire que la cuisson était défectueuse !
O tempora ! O mores ! Être déçu à ce point d’une gargote dont j’ai lu et dont on m’a dit tant de bien, c’est à laisser perplexe ! Serais-je donc de ces insupportables personnages qui, gavés des meilleures préparations culinaires, ne trouvent plus aucun salut dans la cuisine étoilée ? Un doute insupportable m’assaillit, qui fut heureusement levé par le dîner que je fis le jour même. Mais chut, c’est pour un prochain épisode.
Ah oui, et que l’on se rassure : la « douloureuse » n’eut non plus rien à envier au Dôme !

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2 commentaires pour Restos (26) : Petrus, Hong-Kong

  1. christiane dit :

    Bonsoir cher ami
    Que j’apprécie ta verve………….te lire est un vrai plaisir, et nous permet de descendre vers les abysses en ta compagnie, lorsque l’occasion se présente,comme ce fût le cas cette fois ci.
    Il n’y a rien de plus frustrant, comme de mal manger ,alors que nos papilles se sont préparées
    à un tour de manège royal. J’ai vécu cette désagréable situation,la semaine dernière,dans un très grand resto à Nice. C’est courant dans les Alpes Maritimes, mais nettement moins dans le Var.
    Au sujet du Pétrus, pour moi c’est le meilleur et en blanc, j’ai un faible pour le Meursault( très difficile à avoir pour un particulier) Coche Dury est devenu inabordable.
    J’attends la suite du reportage avec impatience.
    Bien amicalement, et grand Merci pour ton partage Chris

    • pascalkh dit :

      Bonjour Chris,
      J’ai peut-être été un peu dur avec le Petrus, car ne qualifierais pas l’expérience que j’y ai eue de désagréable, mais seulement de décevante, surtout au regard de l’addition.
      Je n’hésite pas à aller dans les restaurants les moins huppés pour payer une misère des plats néanmoins succulents, mais si je dois dépenser une petit fortune pour un repas, j’attends à ce qu’il soit à la hauteur, et je suis donc sans pitié (j’ai eu de bien plus mauvaises expériences à Macao et à Hong-Kong, mais le douloureuse n’était pas aussi salée) 🙂
      Pascal

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