Pour le plaisir (28) : Avatar froid des nouilles à la suzhoulaise (苏州冷面)

Lorsque nous habitions à Suzhou, lorsqu’arrivaient le mois de juin et les premières chaleurs, Emilie et moi-même scrutions avec avidité la devanture du restaurant de nouilles Weiji, pour guetter l’apparition de l’affichette annonçant : 冷面上市了! (lěngmiàn shàngshì le) (littéralement : les nouilles froides sont arrivées !)
En effet, selon l’ascension du mercure dans les thermomètres locaux, Monsieur Jiang, propriétaire du restaurant Weiji, décide de la date à partir de laquelle proposer ce que d’aucuns ne manqueront pas de qualifier d’hérésie : une version froide des nouilles à la suzhoulaise.
Je parle d’hérésie car jamais aucun restaurant traditionnel de nouilles de Suzhou n’avait proposé avant Maître Jiang cette sorte de « salade » de nouilles, et la plupart, à ma connaissance n’ont d’ailleurs à ce jour pas franchi le pas : Les nouilles locales se dégustent plongées dans un bouillon brûlant, rouge de préférence, un point c’est tout !
Il est cependant fort agréable, tout en faisant plaisir à ses papilles, de se rafraîchir un peu le palais et le tube digestif, lorsque la chaleur moîte de l’été tombe sur le Jiangnan (la région au Sud du Yangste, qui comprend entre autres les villes de Suzhou, Wuxi, Shanghai…), par l’entremise d’une portion de pâtes servies froides et agrémentées d’accompagnements choisis parmi ceux qui viennent habituellement garnir les bols de nouilles en bouillon.
Les pâtes étant froides, point de bouillon, mais une sauce à température ambiante dont le dénommé Jiang conserve jalousement le secret. Les pâtes elles-mêmes ne sont pas celles à section ronde utilisées dans la version que je qualifierais volontiers d’hivernale des nouilles à la suzhoulaire, mais une variété appelée en chinois 宽面 kuānmiàn (littéralement « pâtes larges »), dont l’aspect rappelle indéniablement celui de « nos » tagliatelle.
La température fraîche du mets empêche également le choix d’accompagnements qui nécessitent d’être plongés dans la douce chaleur du bouillon, comme par exemple le porc à l’étouffée, mais elle s’accommode très bien d’autres variétés, comme les crevettes « cristal », les petits choux chinois sautés, ou encore l’émincé de pointes de bambou et de porc maigre.
Si vous passez par Suzhou et que la description qui précède a titillé votre curiosité et excité votre appétit, soyez là à la bonne saison et dépêchez-vous, car l’avatar froid des nouilles à la suzhoulaise ne devrait pas tarder à entrer en hibernation (l’affichette disparaît de la devanture du Weiji dès les premiers jours de septembre).
Je vous propose ci-dessous une photo du plat de nouilles froides dévoré conjointement par Emilie et notre petit dernier, pendant que je me repaissais de ma portion de nouilles au bouillon rouge.

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