Ingrédients (41) : Bébé pastèque

Un matin, rentrant du marché, notre cuisinière, aux ressources apparemment inépuisables, m’appelle en cuisine en me disant : « Ce matin, j’ai trouvé quelque chose d’assez rare ! », et me montrer quelques petites boules ovoïdes vertes rayées de noir. « C’est des ក្ដឹបឪឡឹក (kdeup ov leuk), et on n’en trouve pas souvent ! », me dit-elle avec un large sourire.
Le mot khmer « ov leuk » (ឪឡឹក) ne m’est pas inconnu : il s’agit de la pastèque. « Tiens », me dis-je en pensant par association d’idées aux minuscules aubergines-pois que l’on rencontre dans le « prahok à la noix de coco » (ប្រហុកខ្ទិះ), « il y a des pastèques naines au Cambodge ? » (La diversité de la flore cambodgienne est telle que plus rien ne me surprend.) Voulant en avoir le cœur net, je consulte mon exemplaire de l’excellent Dictionnaire Cambodgien-Français en deux énormes volumes du Père Rogatien Rondineau (publié à Phnom-Penh en 2005), et lis, pour le mot ក្ដឹប (kdeup) la traduction suivante : « embryon de fruit, fruit qui commence à se former ». Il ne s’agit donc pas d’une variété autochtone de Citrullus lanatus, mais de « bébé pastèque », ou  « embryon de pastèque » (je ne suis pas sûr que le terme d’embryon soit vraiment approprié) !
Il est vrai que, vu de l’extérieur, l’objet ressemble parfaitement à une pastèque miniature. Coupé en deux, le fruit révèle une chair jaune blanchâtre.
Au Cambodge, le bébé pastèque est utilisé principalement pour la confection d’une soupe aux bébés pastèques (ស្ងោរក្ដឹបឪឡឹក), qui peut être agrémentée aussi de morceaux de carottes et de porc un peu gras, soupe qui a eu les honneurs de notre table ce jour-là. J’ai eu aussi l’occasion de goûter des bâtonnets d’embryons de pastèques sautés au porc haché, et ce plat est un véritable délice (je vous en reparlerai bientôt).
Le bébé pastèque est simplement pelé et coupé en gros dés. Dans la soupe, il a une saveur un peu douce, et sa texture croquante est des plus agréables.
(Lors d’une excursion dans la banlieue de Phnom Penh, j’ai vu également, sur plant, des « bébés momordiques » (Momordica charantia) (ក្ដឹបម្រះ), qui entrent paraît-il dans la confection de l’une de ces innombrables soupes aigres (sâmlâ mchou សម្លម្ជូរ) si caractéristiques de la gastronomie cambodgienne. Nous aurons bientôt l’occasion d’en reparler, au moins de la momordique adulte…)

Publicités
Cet article, publié dans Cuisine cambodgienne, Ingrédients, est tagué , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s